
Alors là, quelle histoire!
Vous souvenez, parmi les premiers compte-rendus je faisais par d’une arnaque plutôt élaborée dont j’avais été l’innocente victime. (voir l'histoire 'Apprentissage')
Eh bien! Figurez-vous qu’il y a une suite et que je la trouve plutôt plaisante.
Alors que je faisais visiter la Place de l’Indépendance à Rosemary (ma femme), venue me rendre visite à Dakar, voilà t-y pas que je tombe nez à nez sur mon arnaqueur ! Je n’ai eu aucun mal à le reconnaître, son visage étant grave dans ma mémoire !
« Alors comment vont tes jumelles ? » lui demandais-je tout sourire.
« Euh ! Quelles jumelles ? Je n’ai pas de jumelles moi. On se connaît ? » me répondit-il d’un air surpris puis inquiet.
« Comment as tu déjà oublie que tu es père de famille ?! » me troublais-je.
« Pourtant elles devraient avoir deux ou trois mois maintenant, déjà l’age pour avoir un cadeau d’anniversaire ? »
Son œil s’est déjà éclairci mais nous continuons notre balade sous les arcades en lui faisant signe au revoir de la main.
Une bonne heure plus tard, nous le retrouvons assis sur un banc de la Place en compagnie de deux autres personnes. Je reconnais l’une d’entre elles comme le ‘courtier’ qui m’avait fait visiter une paire de logements, le même jour que mon arnaque.
Je ne peux résister pas et lancer à mon arnaqueur :
« Alors, tu ne me reconnais toujours pas ? Pourtant tu m’avais donné de beaux cadeaux de bienvenue pour mes filles et ma femme que je te présente. » Lui toujours l’air pas tranquille joue encore l’innocent.
Je poursuis en m’adressant son voisin, le ‘courtier’.
« Mais toi tu te souviens bien pourtant, tu m’avais fait visiter une paire d’appartements. »
« Oui, ça m’arrive parfois, mais moi j’ai été réglo avec toi » se défend-t-il illico presto.
« Ah mais oui ! D’ailleurs je t’en remercie, tout comme je remercie ton ami qui grâce à sa jolie histoire et ses à cadeaux m’a servi de belle leçon très utile. Maintenant je ne tombe plus dans aucun de vos pièges. » ajoutais-je avec un beau sourire.
Voyant que je suis sans rancœur, bien au contraire, l’atmosphère se détend et nous commençons une série de serrage de mains très élaborée tout en rigolant. Le troisième gusse, un jeune apprenti en coups filous, n’en croit pas ses yeux ;
« Quoi un pigeon qui rigole avec son détrousseur ?!… Wouah ! Ce boulot s’annonce encore plus facile que je ne le croyais » pense-t-il en se frottant les mains.
Mon arnaqueur, quand même avide de changer de sujet de conversation, me prévient d’un air sérieux :
« Tu sais mon frère, nous, on n’est pas des méchants, mais attention aux pickpockets eux, c’est différent »
« Ah bah oui je sais ! Figure-toi que la semaine suivante, je me suis aussi fait avoir avec des jeunes pickpockets » et je leur raconte ma mésaventure. Je termine en leur disant :
« Là encore, grâce à eux, j’ai tout de suite appris une autre bonne leçon. Depuis ce jour les poches arrières de mon pantalon sont toujours vides. » et de leur montrer mes poches retournées, ce qui les fait partir dans un grand fou-rire.
Devant tant de bonheur, je leur lance ma prédilection :
« Je crois que vous allez vite des célébrités à l’échelle mondiale. »
A peine nous quittons ce joyeux trios que nous sommes déjà poursuivis par d’autres raconteurs d’histoires.
« Une prochaine fois… peut être ? » je leur dis avec mon plus beau clin d’œil.
Epilogue de l’épilogue
Curieusement, depuis cette rencontre, je croise régulièrement Aliouf (c’est son nom aux dernières nouvelles!). Nous sommes devenus de vieilles connaissances maintenant et sommes en train de travailler sur une poignée de main secrète. L’autre dimanche, je le trouve assis sur le trottoir désert, près de chez moi.
« Ah ! Mon ami, ça ne va pas aujourd’hui, je n’ai rien fait du tout. » m’annonce-t-il tristement.
« Comment ! Tu n’as pas trouve de touriste intéressant ? » je m’étonne.
« Eh non ! Et je voudrais bien rentrer chez moi maintenant, mais je n’ai pas assez. » dit-il d’un ton pitoyable qui aurait pu (il y a une paire de mois) m’arracher quelques larmes et quelques pièces.
Il ne me reste plus qu’à le consoler de mon mieux.
« Pourquoi tu t’inquiètes, mon frère ? C’est Ramadan, le Tout-Puissant ne va pas te laisser tomber puisque tu n’as pas fauté ! » lui dis-je de ma plus belle voix de prêcheur que je viens de me découvrir.
Au moins, il a vite retrouvé le sourire !
Puis hier, en sortant de la boulangerie, j’entends de l’autre cote de la rue :
« Eh copain ! Comment vas tu ? »
Dois-je m’inquiéter ou me réjouir, mon statut étant en train de passer de Frère à celui de Copain ?
frogdoz