Je vais te parler franchement : les rêves, c’est comme les trous-du-cul; tout le monde en a!
Tu as une femme qui t’aime, que tu aimes, et tu veux tout balancer pour une fosse à mendiants où tu finiras malheureux?
Je comprends que ta fiancée pleure! Elle est lucide; elle ne doit pas comprendre! Une fille qui doit être intelligente et persévérante. Médecin en cabinet, gagnant bien sa vie et promise à une vie respectable et bourgeoise, et tu lui parles d’un rêve d’idéaliste pour lequel elle devrait tout abandonner?
Encore si c’était pour les tropiques, une vie de pacha aux Bahamas, faire fortune en Amérique du Sud ou s’installer à Monaco, ok, mais le Québec!
Je comprends qu’elle pleure.
Le Maroc n’a peut-être pas tout, mais il a au moins le soleil et la mer! Si tu veux conserver cela et goûter au régime politique de la Belle Province, va à Cuba, c’est le Québec des Caraïbes; les filles y sont aussi jolies et tu as le soleil et la mer toute l’année.
Tu veux un conseil : épouse-la ta fiancée. Faites un grand mariage, faites-vous porter sur des plateaux d’argent et achetez-vous une jolie maison à Anfa où vous pourrez loger vos parents et élever vos enfants dans une ambiance qui ne sera pas aussi pitoyable que dans un pays où tout ce qui le touche finit par pourrir.
C’est comme si tu proposais à ta fiancée de l’installer à Béréchid! (et tu sais à quoi je fais allusion)
Oublie le Québec! Cela ne t’apportera rien. Ne lis-tu pas tous ces avis mièvres de gens qui le regrettent? Ne vois-tu pas que le Québec perd plus d’immigrants qu’il n’est capable d’en attirer? Ne vois-tu pas que le Canada devient le refuge des déshérités du quart monde?
Vas-tu lâcher une chance de vie prospère pour un navire à la dérive qui demande des bras jeunes à la rescousse? Crois-tu que tu en seras récompensé? Crois-tu qu’on mesurera ton sacrifice? Jamais!
Tu commenceras comme tous, avec une petite jobine de merde, dans une ville sale, moche, grise et glaciale, loin de tes proches, loin de ta bien-aimée, à lorgner des filles qui ne seront jamais à toi et à finir dans des bars de danseuses, comme la plupart des Québécois, à se rincer l’œil pour pas cher de filles dont ils ont une peur bleue!
Alors, échangeons nos places veux-tu? Vient ici pelleter ta neige et te brûler les doigts sur la glace, vient te taper la solitude, des horaires de fou, des taxes de cons, un système médical merdique, un système scolaire où tu ne voudras pas mettre tes enfants, des infrastructures en décrépitude et une vie sociale pathétique.
Et donne-moi ta jeune médecin, laisse-moi lui faire des enfants et les élever sous le soleil, laisse-moi avoir une belle vie bourgeoise, des domestiques, une belle maison et manger du couscous, du tajine, les méchouis et applaudir les matchs de foot improvisés sur les plages. En somme, bien vivre!
Il est infiniment préférable d’être riche dans un pays pauvre que pauvre dans un pays riche; mais pauvre dans un pays pauvre… je comprends que ta fiancée pleure!
Échangeons nos places, et comme ta fiancée aujourd’hui, tu verseras demain des larmes de sang et tu l’auras mérité parce que tu l’auras cherché!
Et je m’en vais me taper la tête contre les murs d’énervement!
Antidote
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